“Arrêtez de taper sur l’avion”, la tribune de 93 élus.

Politiques, Taxes

Le JDD – 22 Juin 2019

Face “à une multiplication des attaques contre l’avion”, 93 parlementaires de tous bords défendent le mode de transport aérien dans un texte que publie le JDD.

Un A380 décollant de Toulouse-Blagnac, l’un des aéroports qui drainent une partie de l’économie de la région Occitanie. (Sipa)

Information, simple constat, ou désinformation ?

Halte au “flygskam”! Ce mouvement, né en Suède et qui essaime partout dans le monde, incite à renoncer à l’avion pour des raisons écologiques. Et ça ne plaît pas à 93 députés et sénateurs français de tous bords qui disent “assister, interloqués, à une multiplication des attaques contre l’avion”, notamment au Parlement. Dans une tribune publiée par le JDD, ils décrivent l’avion comme “une nécessité vitale” et “le seul moyen pour certains de nos territoires de leur éviter un isolement mortifère”.

La tribune des 93 parlementaires :

“Honte de prendre l’avion (‘flygskam’), amendement à la loi d’orientation des mobilités prévoyant d’augmenter la taxe sur le kérosène et le taux de TVA sur les billets d’avion, proposition de loi visant à interdire les vols ­domestiques lorsqu’il est possible de prendre le train avec un temps supplémentaire de deux heures et demie ou moins… Ces dernières semaines, nous assistons, interloqués, à une multiplication des attaques contre l’avion.

Sans remettre en cause l’urgence écologique et la nécessité de ­réduire drastiquement les émissions de gaz à effet de serre, nous souhaitons mettre en garde contre des solutions démagogiques et ­caricaturales qui sacrifieraient, encore une fois, les territoires les plus éloignés des métropoles et leurs habitants.

Pour certains de nos territoires, les lignes aériennes interrégionales sont souvent le seul moyen de leur éviter un isolement mortifère

Non, l’avion n’est pas un moyen de transport qui serait un caprice réservé aux nantis! Pour beaucoup de nos départements, il est une nécessité vitale. Certains de nos territoires sont en effet victimes d’un enclavement qui handicape leur développement. Les lignes aériennes interrégionales, en particulier celles qui les relient à Paris, sont souvent le seul moyen de leur éviter un isolement mortifère, faute de dessertes routières et ferroviaires adaptées à notre époque.

Pour rejoindre Aurillac au ­départ de Paris, par exemple, il faut compter sept heures de train et deux changements, avec souvent l’obligation de prendre un autobus. Dans le Cantal, en général, il faut en outre compter environ une heure et demie pour rejoindre une autoroute. C’est bien la ligne aérienne d’aménagement du ­territoire qui maintient une grande partie du département en vie et connecté au reste du pays.

En dépit des difficultés auxquelles ils doivent faire face, nos territoires sont malgré tout des viviers d’entreprises innovantes et dynamiques, avec des pépites à la renommée parfois internationale. À Quimper, des entreprises comme Armor Lux ou Verlingue font la fierté du Finistère. Dans le Cantal, l’entreprise Matière emploie plusieurs centaines de personnes et construit des ponts métalliques dans le monde ­entier. L’avion, souvent beaucoup plus rapide que le train, leur est indispensable pour permettre aux dirigeants et salariés de rencontrer rapidement leurs clients à Paris et à l’étranger. Deux heures et demie de temps de transport supplémentaire seraient inconciliables avec la vie économique normale de ces entreprises.

Privilégions l’écologie incitative plutôt que punitive

Brest, Chambéry, Limoges, Agen, Tarbes, Brive, Toulouse, Montpellier, Clermont-Ferrand… Autant de villes qui, grâce à leur aéroport, irriguent l’activité économique d’une région. À titre d’exemple, les dix aéroports d’Occitanie génèrent 1% du PIB local.

Qu’il n’y ait pas de méprise, nous ne sommes les représentants d’aucun lobby. Nous avons conscience de l’importance de changer nos modes de transport et de consommation pour lutter contre le réchauffement climatique… mais privilégions l’écologie incitative plutôt que punitive. Aidons le secteur aérien à adopter une stratégie bas carbone en développant la recherche sur l’hydrogène et le biokérosène.

C’est précisément à ces fins qu’une mission d’information parlementaire sur le transport aérien et l’aménagement des territoires a été lancée en mai dernier. Pluraliste et proche des préoccupations de tous nos territoires, elle formulera certainement des propositions intéressantes en tenant compte du paramètre ­écologique.

Ne jetons pas l’anathème sur un mode de transport dont la suppression aurait des conséquences économiques et sociales dramatiques pour beaucoup de nos concitoyens. L’avion nuit au climat, certes ; mais si on le compare à l’automobile, il consomme deux fois moins par passager. S’y attaquer sans ­discernement aggraverait considérablement la fracture territoriale et sociale de notre pays.”

“Un surcoût de 60 millions d’euros par an”: Air France déplore la mise en place d’une écotaxe sur les billets.

Cie Aériennes, Politiques, Taxes

Une écotaxe sur les billets d’avion, et du gazole moins bien remboursé pour les routiers : les annonces d’Élisabeth Borne provoquent inquiétudes et colère chez les professionnels du secteur.

franceinfo Raphaël Ebenstein Radio France

Crédit France tv info Stéphanie Berlu

Le projet d’instaurer une écotaxe sur les billets d’avion, et celui de baisser le remboursement du gazole auquel ont droit les routiers, annoncés mardi 9 juillet par Élisabeth Borne lors du deuxième Conseil de défense écologique, provoquent la colère des professionnels du transport.

La ministre des Transports veut notamment mettre en place une écotaxe de 1,50 à 18 euros sur les billets d’avion à partir de 2020 pour tous les vols au départ de la France, sauf vers la Corse et l’outre-mer, et sauf vols en correspondance.

Colère chez Air France

Air France, le leader français du secteur, dit “déplorer fortement” cette annonce : “cette nouvelle taxe pénaliserait fortement la compétitivité d’Air France”, estime la compagnie, et elle “représenterait un surcoût de plus de 60 millions d’euros par an pour le groupe”. L’État calcule de son côté que cette taxe lui permettra de récupérer 180 millions d’euros par an, une enveloppe qui sera dédiée au “développement des transports ferrés autour des métropoles françaises”.

“C’est un très mauvais coup porté aux compagnies aériennes françaises”, confirme un autre dirigeant du secteur, contacté par franceinfo.