Non au projet d’extension de l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle

Aéroports, GIEC, Organisation, Politiques

Par Un collectif d’associations — 14 octobre 2019 à 15:15

En contradiction avec les objectifs de l’accord de Paris sur le climat, le projet de terminal 4 à Roissy-Charles-de-Gaulle doit être abandonné, estime un collectif d’associations dans une lettre ouverte au président de la République.

Tribune. Monsieur le président de la République,

Nous vous demandons l’abandon du projet d’extension de l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle (terminal 4) au nom de l’urgence climatique. Lors de votre discours du 24 septembre à l’assemblée générale de l’ONU, vous avez déclaré qu’il fallait «remettre en cohérence nos agendas et nos actions» et qu’il fallait «que les grands pays de ce monde arrêtent de financer de nouvelles installations polluantes dans les pays en voie de développement». Vous avez également déclaré vouloir mener «cet agenda de réconciliation» en France et en Europe.

En toute cohérence, cette ligne est également celle de votre gouvernement. Comme l’a déclaré votre secrétaire d’Etat Brune Poirson, représentante de la France lors de la COP24 à Katowice, «les scénarios du Giec sont connus de tous. Nous ne sommes pas sur la bonne trajectoire d’émissions pour survivre. […] Ce diagnostic, nous l’avons tous reconnu en signant l’accord de Paris. Il nous incombe donc d’être cohérents, c’est-à-dire d’agir en conséquence à tous les niveaux».

Cette cohérence est en effet essentielle. Elle est même la condition de la confiance des citoyens dans l’action politique. Et c’est cet agenda de cohérence entre les mots et les actes que nous appelons de nos vœux dans le domaine du transport aérien aujourd’hui.

Vous avez mis en place le Haut Conseil pour le climat. Ce dernier a également mis en avant l’exigence de cohérence dans son rapport 2019. Selon ce rapport, «l’objectif de neutralité carbone en 2050 visé par la stratégie nationale bas carbone révisée est cohérent avec les objectifs de l’accord de Paris et les dernières connaissances scientifiques, mais il ne couvre pas l’entière responsabilité de la France car les émissions liées aux transports aériens et maritimes internationaux et aux importations ne sont pas incluses».

Le transport aérien illustre en effet pleinement ce mur de l’incohérence auquel nos responsables politiques se heurtent trop souvent. Et le projet de terminal 4 à Roissy porté par le groupe ADP est plus encore archétypal. Selon les chiffres d’ADP, le terminal 4 pourrait générer une hausse de trafic aérien de 38% d’ici 2037, avec 500 avions de plus par jour (au total 1 800 vols quotidiens) et 40 millions de passagers de plus par an. Soit la capacité de l’aéroport d’Orly ajoutée à celle de Roissy! Ce trafic accru ajouterait 12 Mt d’équivalent CO2 aux émissions annuelles de la France d’ici 2037

Or, pour atteindre l’objectif de neutralité carbone que s’est fixé le pays pour 2050, il ne faudra pas émettre plus de 100 Mt d’équivalent CO2 en 2037. A cette date, le trafic lié au terminal 4 représenterait donc à lui seul 12 % des émissions autorisées pour la France, et le trafic total de Roissy environ 35% (1).

Enfin, la Commission nationale du débat public, reléguée au rôle ingrat de simple garant de la concertation préalable menée par le groupe ADP – par un artifice juridique dénoncé par sa présidente Chantal Jouanno (2) –, n’a pas manqué de noter dans son bilan de la concertation qu’«il conviendrait que l’Etat précise comment l’évolution du trafic s’insère dans le cadre des engagements internationaux de la France dans la lutte contre les changements climatiques».

A notre connaissance, aucune réponse satisfaisante n’a été fournie à ce questionnement. La contribution de la Direction générale de l’aviation civile datant de juillet (3) invoque une taxe trop faible pour qu’elle infléchisse la croissance du trafic de manière significative et renvoie à une logique de compensation carbone dont la pertinence pour réduire l’impact climatique de l’aérien n’est aujourd’hui pas démontrée.

En effet, selon une enquête réalisée pour la Commission européenne, 85% des projets de compensation analysés avaient une faible probabilité de remplir les critères attendus en matière de réduction d’émissions (4). La croissance des émissions de gaz à effet de serre du transport aérien n’est pas compatible avec les objectifs de l’accord de Paris sur le climat (5).

Dès lors, il ne fait aucun doute que le projet de terminal 4 à Roissy-Charles-de-Gaulle n’est pas cohérent avec les engagements de la France. C’est pourquoi nous demandons instamment que l’Etat, au nom de la cohérence climatique, s’oppose à cette extension aéroportuaire. Alors que l’urgence climatique se fait plus pressante, il faudrait même aujourd’hui amorcer la décroissance du transport aérien en s’appuyant sur une fiscalité incitative permettant également de financer des alternatives, et en premier lieu les trains, de jour comme de nuit. Longtemps négligés, ces derniers peuvent permettre, sans grands travaux, de connecter l’Europe sur des distances pouvant atteindre 1 500 km, ce qui couvre une large part des destinations aériennes. Avec nos très respectueuses salutations,

Signataires : Advocnar, Non au T4, Réseau action climat, Fnaut, France nature environnement, France nature environnement IDF, Amis de la Terre, Stay Grounded, Oui au train de nuit, Alofa Tuvalu, TaCa Agir pour le climat, Alternatiba ANV-COP21 Paris.

(1) Selon la DGAC, le trafic aérien de Roissy a été responsable de l’émission de 13,2 Mt CO2 en 2018 (LTO + 1/2 CR + APU) pour 72,3 millions de passagers. En 2037, on peut estimer qu’il sera responsable de l’émission de 17,4 Mt CO2, dont 6,2 Mt attribuables aux 40 millions de passagers supplémentaires accueillis par le T4. Nous avons tenu compte dans le calcul de la diminution des émissions par passager en supposant que le rythme d’amélioration de l’efficacité de 0,85% par an constaté depuis 2010 se poursuivrait jusqu’en 2037. Pour tenir compte du forçage radiatif des traînées de condensation et cirrus induits et des émissions de CO2 liées à la production du kérosène, il faut, selon l’Ademe, multiplier par 2,2 le chiffre d’émission de CO2, soit 35 Mt CO2 pour l’ensemble de l’aéroport en 2037.

(2) Lettre de la présidente de la CNDP adressée le 7 juin 2018 au Premier ministre ainsi qu’à la ministre des Transports, la présidente de la région Ile-de-France et le ministre de la Transition écologique et solidaire. Dans cette lettre, elle demandait également que soit organisé un débat public sur la cohérence des projets envisagés dans le nord de l’Ile-de-France (Terminal 4, Europacity, CDG Express, ligne 17 et infrastructures olympiques), sujet non abordé lors des débats relatifs à chacun de ces projets.

(3) Conclusions de la CNDP sur la concertation Terminal 4. Contribution de la DGAC pour la réponse des pouvoirs publics à la demande de précision numéro 3. Juillet 2019.


21 membres du GIGNV, des Gilets Jaunes, d’Attac 44 et d’XR Nantes pointent les effets néfastes et la nécessité de réduire le trafic aérien.

Actions, Aéroports, Opposants, Organisation

Ce mercredi 10 juillet à Nantes

On en parlait à peu près partout, mais pas encore dans un aéroport. C’est chose faite depuis que des citoyens engagés dans les collectifs du GIGNV (groupe nantais du mouvement Action non-violente COP21), d’Attac 44, des Gilets Jaunes, d’Extinction Rebellion et d’Alternatiba Nantes ont mené une action pointant l’impact de l’aviation sur le climat.

Il y a quelques jours, des députés ont déposé à l’Assemblée nationale une proposition de loi visant à limiter le trafic aérien substituable en train. Pendant ce temps, une concertation sur le projet de de réaménagement de l’aéroport de Nantes-Atlantique se déroule du 27 mai au 31 juillet. 

Remettre en cause la croissance du trafic aérien

Le but affiché de ce réaménagement : faire face à la croissance continue du trafic de l’aéroport. « Toutes les projections exposées dans le projet de réaménagement envisagent une croissance importante du trafic aérien à Nantes [1]. Or même avec un taux de remplissage plus élevé et une amélioration de l’efficacité énergétique, cette croissance conduit à une augmentation des émissions de gaz à effet de serre. C’est complètement déconnecté de l’urgence climatique et incompatible avec les engagements de la France ! » explique Steffie, membre du GIGNV.
« Si on veut préserver un avenir pour l’Humanité, il faut réduire au plus tôt nos émissions de gaz à effet de serre, donc réduire le trafic aérien. » ajoute Enora, membre d’Extinction Rebellion Nantes. « D’ailleurs, les personnes avec qui nous avons discuté, bien qu’elles soient là pour prendre un avion, ont bien conscience du problème et acceptent d’en débattre ».

« Les riverains ont raison de protester contre les nuisances sonores et autres : l’impact sur la santé est réel ! D’ailleurs, personne ne veut vivre à proximité d’un aéroport. », signale Pierre-Jean, membre des Gilets Jaunes de Nantes. « Au-delà, c’est la société toute entière qui doit s’interroger : est-il raisonnable, en 2019, de construire de nouveaux aéroports, ou de les agrandir comme à Nantes ou à Roissy avec le terminal 4 ? Sachant que les déplacements en avion, à l’échelle mondiale mais aussi à l’échelle nationale, reste un privilège des plus riches ? » 

Benjamin d’Attac 44 abonde : « Nous devons nous mobiliser contre la politique anti-sociale et anti-climatique du gouvernement en matière de transports : privatisation du groupe Aéroports de Paris, extension des aéroports et bétonisation des terres agricoles, démantèlement du réseau ferroviaire… »

Devenir “avionteux” et “fierroviaires”

L’urgence climatique ne semble pas prise en compte dans l’équation du réaménagement de l’aéroport Nantes-Atlantique, alors qu’elle occupe une place de plus en plus importante pour l’opinion publique. La crainte que des mesures d’interdiction soient impopulaires est démentie par un sondage récent qui indique que 69 % de la population française est favorable à l’interdiction des vols intérieurs substituables en train [2]. 

La honte de prendre l’avion devient même un phénomène en Suède ; le terme “flygskam” désigne cette honte. « Nous aussi, nous devrions être “avionteux” ! » s’exclame Steffie, du GIGNV. « Nous devons réorienter les politiques publiques en matière de transports pour privilégier les modes les moins émetteurs : marche, vélo, train… devenons “fierroviaires” ! »

Le GIGNV, comme Alternatiba, Attac, ANV-COP21 et 200 autres organisations du monde entier sont signataires de l’appel Stay Grounded (“Rester sur Terre”) [3], qui porte 13 revendications dont : le développement d’autres modes de transport tel que le ferroviaire, un moratoire sur la construction et l’agrandissement d’aéroports, la fin des avantages fiscaux donnés à l’aviation avec notamment la taxation du kérosène, et l’interdiction de la publicité pour l’industrie du transport aérien.

Mardi 9 juillet, le gouvernement a annoncé la mise en place d’une “éco-contribution” sur les vols au départ de la France. Mais la mesure est si faible qu’elle ne peut avoir d’effet dissuasif ni d’impact structurant sur le secteur aérien. De plus, elle ne résout en rien le problème des avantages fiscaux accordés à la filière : l’exonération de taxes sur le kérosène coûte 3,63 milliards d’euros. Une initiative citoyenne européenne a d’ailleurs été lancée en mai 2019 pour taxer le kérosène : https://www.endingaviationfueltaxexemption.eu/ 

[1] Un passage de 6,2 millions de voyageurs en 2018 à 11,4 millions en 2040 est anticipée, ainsi qu’une évolution de 57 600 à 89 000 du nombre de mouvements d’avions commerciaux entre 2018 et 2040. Voir sur https://www.reamenagement-nantes-atlantique.fr/comprendre-le-projet/documentation  

[2] Sondage Elabe pour BFMTV : “Sondage BFMTV – Climat: 23% des Français ont déjà renoncé à l’avion pour partir en vacances“, 26/06/19 

[3] https://stay-grounded.org/ 

Contact presse : 

Rémi Donaint 07 67 12 19 86 gignv@riseup.netPhotos HD de Raphaël Bodin, disponibles pour la presse : https://we.tl/t-ZqMzMoNBzo