Ne perdons pas notre temps avec le “mirage” de la compensation Carbone.

CO2, Pollutions

Par Tristan Kennedy pour Vice.com – 22 avril 2020, 10h30

Promesses, promesses, … _ Notre business, c’est notre tiroir-caisse, elles font notre richesse, …

Mais voilà, les avions ont fait illusion, _ Manque de sagesse, notre ivresse, n’avait d’égal que notre paresse, _ Les promesses n’ont pas fait de prouesses, quelle tristesse !

Durant les derniers mois les compagnies aériennes en ont rajouté, à qui serait seraient la plus neutres en carbone … ?

PHOTO: CULTURA CREATIVE (RF) / ALAMY STOCK PHOTO

Le 14 Février 2020, juste avant que les compagnies ne clouent au sol leurs avions, mettent leur personnel en congé, et ne demandent l’aide des états, Delta faisait une annonce étonnante.

A partir de début Mars l’ensemble de leurs activités serait neutre en carbone. L’une des plus grandes compagnies du monde L’une des plus grandes compagnies aériennes du monde promettait de dépenser 1 milliard de dollars (807 millions de livres sterling) au cours de la prochaine décennie, dans “un engagement à réduire toutes les émissions à partir de mars 2020”. 

Ce n’étaient pas le premier grand transporteur à faire une telle annonce :

EasyJet avait fait une promesse similaire en novembre.

Cependant, avec autant de proclamations audacieuses faites le jour de la Saint-Valentin, il est rapidement devenu clair qu’il y avait des problèmes sous-jacents à l’engagement de Delta. Il a été question “d’ avancer des technologies de purification de l’air ” et “d’un ambitieux programme de renouvellement de la flotte […] pour accroître l’efficacité” – mais la promesse centrale n’était pas aussi significative que le langage fleuri le laissait paraître.

Bien que l’atteinte de la neutralité carbone semble louable, cela ne nécessite pas nécessairement de supprimer totalment le carbone. Le géant pétrolier BP, par exemple, s’est engagé à atteindre des émissions nettes nulles d’ ici le milieu de ce siècle et ne prévoit pas de cesser d’extraire les combustibles fossiles . Au lieu de cela, comme Delta, ils s’appuient fortement sur une pratique qui est, au mieux, problématique et au pire, selon les militants, une piste dangereuse : la compensation carbone.

«La compensation est apparue comme une idée il y a peut-être 20 ans, mais le temps pour cette idée est désormais révolu», explique Andrew Murphy, directeur de l’aviation au think-tank Transport & Environment . “Si nous voulons atteindre les objectifs de l’Accord de Paris, nous avons besoin de réductions immédiates et sectorielles des émissions.”

Les principes de la compensation carbone, qui ont été codifiés dans le protocole de Kyoto de 1997, sont assez simples. Vous payez quelqu’un d’autre pour ne pas émettre de carbone qu’il aurait autrement émis, et cela compenserait le carbone que vous, en tant qu’individu, entreprise ou pays, continuez à produire. Comme un comptable qui équilibre les revenus et les dépenses, si les émissions que vous créez et les réductions d’émissions que vous payez sont égales, vous pouvez prétendre avoir atteint la neutralité carbone.

Même si cela fonctionne parfaitement, cependant, vous continuez à rejeter des gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Et en réalité, la compensation carbone fonctionne rarement parfaitement. Une étude largement publiée par la Commission européenne suggère que jusqu’à 85% des projets de compensation carbone n’ont pas atteint les réductions promises .

Il existe des raisons complexes pour lesquelles cela pourrait être le cas. Les initiatives de compensation typiques comprennent la plantation d’arbres, les projets de préservation des forêts ou les programmes qui distribuent des foyers de cuisson économes en énergie dans les pays en développement, permettant aux gens de brûler moins de charbon ou de bois. Mais rendre compte de l’impact de ces projets est notoirement difficile.

Pour commencer, vous devez prouver que les économies de carbone pour lesquelles vous payez n’auraient pas été réalisées de toute façon, quel que soit votre investissement – un concept appelé « additionnalité ». Ensuite, il y a le danger de “fuite”. Si vous payez pour protéger un morceau de forêt tropicale, par exemple, comment vous assurer que les bûcherons ne se contentent pas de pirater la parcelle voisine à la place ? Les considérations pratiques abondent également. Si vous financez la plantation de nouveaux arbres, comment pouvez-vous être certain que l’entreprise qui les a plantés ne fera pas faillite, leur permettant d’être rasés au bulldozer avant d’avoir absorbé le carbone attendu ? Et si vous donnez aux gens de nouveaux poêles de cuisine, comment vous assurez-vous qu’ils sont réellement utilisés ?

Cela ne veut pas dire que ces difficultés sont totalement insurmontables, et des entreprises comme Gold Standard (qui, comme son nom l’indique, se targue de la rigueur de ses règles) ont développé des processus d’évaluation détaillés et à long terme avec des redondances intégrées pour s’assurer que, dans la mesure du possible, les réductions de carbone que vous payez sont les réductions de carbone que vous obtenez réellement.

Mais le vrai danger de s’appuyer sur la compensation carbone n’a rien à voir avec l’efficacité de la méthodologie des experts, mais tout à voir avec la perception du grand public de son efficacité. Il y a une croyance bien trop répandue que si vous payez pour compenser les émissions, vous avez fait votre part pour l’environnement ; que la neutralité carbone est l’objectif final, et que si vous payez suffisamment, vous pouvez en quelque sorte annuler votre empreinte carbone.

Lorsque le prince Harry et Meghan Markle ont pris un jet privé pour la villa d’Elton John sur la Côte d’Azur, par exemple, le chanteur les a défendus en expliquant qu’il avait payé les compensations de carbone et ” veillé à ce que leur vol soit neutre en carbone “. Mais de la même manière qu’aucun montant de « Je vous salue Marie » n’annulera un meurtre, payer quelqu’un d’autre pour ne pas émettre de carbone ne signifie pas que vous pouvez continuer à polluer en toute impunité.

L’expression « neutre en carbone » est un élément de communication horrible.

Il s’agit essentiellement de fausse publicité, explique Justin Francis, PDG de Responsible Travel , une entreprise qui se targue de fonctionner de manière aussi durable que possible. Après avoir initialement proposé une compensation carbone à ses clients, son entreprise s’est arrêtée en 2009, “et s’est en fait prononcée publiquement contre “, estimant que le concept était trompeur.

Ce n’est pas la seule agence de voyages qui pense dans ce sens. Sam Bruce, le co-fondateur de Much Better Adventures (MBA), une autre entreprise de tourisme durable, fait valoir que “nous ne pouvons pas nous attendre à ce que les clients soient des experts dans ce domaine”. Il dit que « bien que la neutralité carbone fasse un beau titre, elle est trompeuse et une piste dangereuse du travail délicat pour réduire réellement les émissions de carbone ».

Même Sarah Leugers de Gold Standard dit “nous n’encourageons pas activement les organisations à revendiquer la neutralité carbone”, et suggère que la compensation devrait toujours être entreprise conjointement avec les efforts de réduction du carbone.

Si les compagnies aériennes voulaient vraiment aider à résoudre la crise climatique, elles devraient cesser de “faire perdre du temps à leur personnel” en essayant de faire fonctionner la compensation, selon Andrew Murphy de Transport & Environment. Au lieu de cela, ils devraient investir les sommes actuellement consacrées à la compensation dans le développement d’alternatives aux combustibles fossiles, et travailler avec les gouvernements sur des initiatives telles que le Green Deal européen , qui verra le carburant d’aviation taxé pour la première fois.

“Il n’y a pas de pilule magique”, comme le dit Justin Francis. Et malgré la gestion d’une agence de voyages, il est clair que jusqu’à ce que des alternatives de carburant plus propres émergent, pour les personnes soucieuses du climat, la réponse est simple : “Vous devez réduire le nombre de vos vols.”

Bien sûr, la réduction du montant de vos vols n’est pas un problème pour beaucoup de gens en ce moment. Mais avec la plupart des grandes compagnies aériennes – dont Delta et EasyJet – qui dépendent actuellement des aides d’État financées par les contribuables pour rester à flot, il n’y a jamais eu de meilleur moment pour examiner leurs prétentions à la responsabilité climatique. Selon Andrew Murphy, le fait est que “le secteur de l’aviation doit réduire ses émissions […] et la compensation n’y parvient pas”.

@Tris_Kennedy

Jancovici dans l’émission #EtApres sur France 2 – 16/04/2020

Cie Aériennes, Climat, CO2

Intervention brève et… percutante

Si on veut tenir 2°C pour le climat maximum, il faut baisser les émissions planétaires de 4% chaque année
Cela représente un COVID supplémentaire tous les ans, comme ordre de grandeur.
Il va falloir tout faire…
Les idées, pas une plus importante que les autres, à partir du moment ou on a affaire à un système
Une idée importante :
On va devoir apprendre à vivre en récession
Apprendre à faire des choix
Il va falloir que les villes dégonflent
Remettre du monde dans l’agriculture
Ralentir nos déplacements, et les payer plus chers…

Pour les compagnies aériennes il faudrait leur demander des contres-parties au moment où on les sauve parce qu’elles ne vont pas pouvoir repartir de l’avant.
Il ne faut pas oublier qu’un avion ça consomme du pétrole,

le maximum historique de production du pétrole dans le monde, c’était novembre 2018, et avec le prix du baril, depuis il a commencé à baisser et avec le prix que nous avons en ce moment, la production va considérablement baisser dans l’année qui vient de manière significative et derrière elle ne va pas repartir à la hausse faramineuse, avec de moins en moins de pétrole,
il va falloir que les usages du pétrole baissent.

Que dire aux employés ?:
On leur dit que leurs dirigeants ont été imprévoyants,
ce que je vous dis là, c’est des choses qui sont connues depuis des années, et on est dans un déni collectif, …

il y a des tas de truc que l’on n’aime pas :
on n’aime pas se voir vieillir,
on n’aime pas qu’on va devoir payer des grosses charges,
et il y a un truc qu’un dirigeant d’entreprise a horreur d’entendre, c’est que cela ça va être dur dans son secteur.

Du coup les dirigeants des compagnies aériennes ont cru, et quand vous regardez les plans à 50 ans, il n’y a que de la croissance pour les 50 ans qui viennent,

Donc il n’y a rien de prêt pour le contexte que nous allons vivre.
On va devoir bricoler à court terme,
la première des idée importante c’est de ne pas se voiler la face, quand on sait qu’on va avoir quelque chose difficile devant soi.
JM Jancovici

“Cette crise doit nous engager à agir” : la pandémie de coronavirus va-t-elle pousser l’espèce humaine à (enfin) respecter la biodiversité ?

Désagréments, Virus Pandémie

Marie-Adélaïde Scigacz – France Info – 8/4/2020

Les recherches scientifiques s’accordent à dire que le Covid-19 nous a été transmis par des animaux sauvages. Mais si elle est à l’origine de l’épidémie, la nature détient aussi la solution pour en venir à bout. 

Des policiers gardent l\'entrée du marché de gros de fruits de mer de Huanan, à Wuhan, soupçonné d\'être le foyer de l\'épidémie de coronavirus, le 24 janvier 2020, depuis fermé par les autorités chinoises. 

Des policiers gardent l’entrée du marché de gros de fruits de mer de Huanan, à Wuhan, soupçonné d’être le foyer de l’épidémie de coronavirus, le 24 janvier 2020, depuis fermé par les autorités chinoises.  (HECTOR RETAMAL / AFP)

La scène se déroule à Paris, le 21 janvier. Il y a dix semaines, ressenti dix ans. En ce jour ordinaire, une quinzaine de spécialistes français de la santé et de la biodiversité se sont donné rendez-vous dans la salle de conférence d’un hôtel particulier qui borde la Seine, à deux pas de l’Assemblée nationale. Face à un public d’une centaine de personnes, des neurologues, cancérologues, vétérinaires ou autres agronomes discutent du lien entre “biodiversité et humanité : une seule santé”,  selon l’intitulé du colloque.

Derrière un pupitre transparent, l’écologue Serge Morand présente ses travaux sur ce qu’il appelle l“épidémie d’épidémies”, autrement dit l’explosion récente du nombres de maladies infectieuses du fait de la destruction des écosystèmes. La dernière d’entre elles, appelée Covid-19, s’est invitée in extremis à ce rassemblement d’experts, planifié de longue date par l’organisateur, la Caisse des dépôts. Derrière le scientifique, un rétroprojecteur illumine le mur de la première estimation du nombre de cas à Wuhan, berceau chinois de l’épidémie, publiée trois jours plus tôt par l’Imperial College of London : “au moins 1 700” malades, peut-on lire. 

Lundi 6 avril, à l’heure d’écrire cette introduction, plus d’1,25 million de personnes – à travers plus de 200 pays – ont été testées positives à ce nouveau coronavirus. Plusieurs millions d’habitants du globe pourraient l’avoir contracté mais ne pas avoir été testés. Au moins 70 000 en sont morts, dont plus de 8 000 en France. Entre-temps, les spécialistes rassemblés en janvier à Paris sont retournés dans leurs laboratoires, bureaux ou hôpitaux. Tous observent le déroulement du scénario qu’ils redoutaient : un virus hautement contagieux transmis de l’animal à l’homme et déployé sur la planète à la vitesse d’un long-courrier.

Pour franceinfo, ils reviennent sur le rôle de l’homme dans l’apparition de cette pandémie et nous expliquent pourquoi la lutte contre ce coronavirus – et tous ceux qui, inévitablement, lui succéderont – passe par la protection de l’environnement. 

“La grande accélération” à l’origine des pandémies

“C’est fou, quand on y pense, note Serge Morand, dans un rire stupéfait. En octobre, peut-être même encore en novembre, un virus circulait tranquillement sur une population de chauves-souris, quelque part en Asie du Sud-Est. Cinq mois plus tard, il a contaminé toute la planète. C’est hallucinant.” La ligne téléphonique n’est pas très bonne. L’écologue spécialiste des maladies infectieuses se trouve en Thaïlande, où il enseigne à la fois dans une faculté de médecine vétérinaire, une université d’agriculture et une faculté de médecine tropicale. Aux journalistes qui le sollicitent quotidiennement depuis la France, il explique, pédagogue, comment ce coronavirus est passé d’une espèce à l’autre, et surtout, comment l’activité humaine a favorisé cette transmission, improbable d’un point de vue de profane. “Nous avons affaire à un coronavirus classique de chauves-souris, qui s’est modifié en passant par un hôte intermédiaire. Chez cet hôte, une recombinaison du virus s’est opérée, ce qui lui a permis de passer chez l’humain. Des équipes chinoises estiment que l’intermédiaire pourrait être le pangolin. Une autre plaide en faveur de la civette, soit la piste des félidés.” Des espèces sauvages vendues illégalement sur les marchés de l’empire du Milieu, où certains leur prêtent des vertus thérapeutiques. 

A défaut de connaître le coupable – “l’enquête est en cours”, dit Serge Morand, empruntant au vocabulaire policier –, le spécialiste de la biodiversité pointe le rôle certain d’une autre espèce impliquée dans ce qui se passe aujourd’hui : l’homme. 

A Surabaya, en Indonésie, les douanes ont saisi une cargaison d\'1,3 tonne de pangolins congelés, le 8 juillet 2015. 

A Surabaya, en Indonésie, les douanes ont saisi une cargaison d’1,3 tonne de pangolins congelés, le 8 juillet 2015.  (SURYANTO / ANADOLU AGENCY / AFP)

L’activité humaine “a modifié considérablement ce que l’on appelle l’équilibre dynamique, ou la résilience, des écosystèmes”, explique-t-il. Urbanisation, exploitation des ressources et agriculture industrielle ont rapproché des espèces qui ne se seraient jamais croisées dans la nature, initiant “des contacts entre une faune sauvage, dont les habitats se réduisent, et une faune domestique ou d’élevage – cochons, dromadaires, poulets, chèvres, chats, chiens, etc. – Nous créons ces nouvelles interfaces, tout en mettant les animaux en situation de stress avec la déforestation, les feux de forêt, la fragmentation des habitats, etc. Des prédateurs disparaissent et tout ce qui se trouve en dessous est dérégulé”, résume Serge Morand. Si des centaines de milliers de virus circulent à bas bruit – de façon indétectable – dans la nature, en la détruisant pour subvenir à ses besoins croissants, l’homme a multiplié les risques de transmission. A titre d’exemple, le virus Nipah, qui a frappé la Malaisie en 1998, est apparu quand des chauves-souris, chassées de leur habitat par l’exploitation de l’huile de palme, se sont mises à côtoyer des élevages de cochons, infectés puis consommés par l’homme. 

“Depuis les années 1960, on observe une augmentation du nombre de maladies infectieuses : Zika, chikungunya, Mers, coronavirus, Ebola, sida, grippe aviaire, etc. Et puisque que tout, y compris le tourisme de masse, s’est développé, ces épidémies ne restent plus cantonnées à un pays,” poursuit-il. Ces cinquante dernières années correspondent ainsi à ce qu’il appelle “la grande accélération.” Au moment de notre conversation, le chercheur boucle avec des collègues chinois un article sur le rôle du transport aérien dans la propagation des épidémies : “Entre 1970 et 2018, il a augmenté de 1 200% pour les passagers, et de 1 300% pour les marchandises”, explique-t-il. Mais si “l’homme a cru un temps en avoir fini avec les maladies infectieuses grâce aux antibiotiques et aux vaccins”, la nature a elle-même douché ses ambitions de toutepuissance.Au début des années 2000, des scientifiques du monde entier se sont mis à étudier ces nouvelles interactions, à l’aune de la crise environnementale. C’est alors qu’“on s’est rendu compte qu’en réalité, l’homme ne maîtrisait pas tout.” 

“La biodiversité, c’est un peu notre assurance-vie”

En 2012, le journaliste et auteur américain David Quammen a synthétisé ces récents travaux dans un livre [Spillover. Animal Infections and the Next Human Pandemic, éd. W. W. Norton & Company]. Tels des haruspices – ces prêtres qui, dans l’Antiquité, lisaient l’avenir dans les entrailles des animaux –, les scientifiques qu’il interroge décrivent à quoi ressemblera le “next big one”, “la prochaine pandémie” : à un virus de chauve-souris, transmis à l’homme via le marché d’animaux sauvages d’une grande ville, probablement en Chine et hautement contagieux… Et pour cause, “c’était couru d’avance”, confirme Hélène Soubelet, vétérinaire de formation, directrice de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité, qui héberge le Comité français pour l’IPBS, le groupe scientifique qui est à la biodiversité ce que le Giec est au climat. 

Elle aussi anticipait le scénario actuel. Il y a un an presque jour pour jour, elle organisait un colloque sur ce thème au ministère de la Santé. En novembre, elle signait un article “sur ce sujet, précisément,” dans La Dépêche vétérinaire. Enfin, en janvier, elle figurait elle aussi parmi les experts conviés par la Caisse des dépôts.

Pour franceinfo, ils reviennent sur le rôle de l’homme dans l’apparition de cette pandémie et nous expliquent pourquoi la lutte contre ce coronavirus – et tous ceux qui, inévitablement, lui succéderont – passe par la protection de l’environnement. 

“La grande accélération” à l’origine des pandémies

“C’est fou, quand on y pense, note Serge Morand, dans un rire stupéfait. En octobre, peut-être même encore en novembre, un virus circulait tranquillement sur une population de chauves-souris, quelque part en Asie du Sud-Est. Cinq mois plus tard, il a contaminé toute la planète. C’est hallucinant.” La ligne téléphonique n’est pas très bonne. L’écologue spécialiste des maladies infectieuses se trouve en Thaïlande, où il enseigne à la fois dans une faculté de médecine vétérinaire, une université d’agriculture et une faculté de médecine tropicale. Aux journalistes qui le sollicitent quotidiennement depuis la France, il explique, pédagogue, comment ce coronavirus est passé d’une espèce à l’autre, et surtout, comment l’activité humaine a favorisé cette transmission, improbable d’un point de vue de profane. “Nous avons affaire à un coronavirus classique de chauves-souris, qui s’est modifié en passant par un hôte intermédiaire. Chez cet hôte, une recombinaison du virus s’est opérée, ce qui lui a permis de passer chez l’humain. Des équipes chinoises estiment que l’intermédiaire pourrait être le pangolin. Une autre plaide en faveur de la civette, soit la piste des félidés.” Des espèces sauvages vendues illégalement sur les marchés de l’empire du Milieu, où certains leur prêtent des vertus thérapeutiques. 

A défaut de connaître le coupable – “l’enquête est en cours”, dit Serge Morand, empruntant au vocabulaire policier –, le spécialiste de la biodiversité pointe le rôle certain d’une autre espèce impliquée dans ce qui se passe aujourd’hui : l’homme. 

A Surabaya, en Indonésie, les douanes ont saisi une cargaison d\'1,3 tonne de pangolins congelés, le 8 juillet 2015. 
A Surabaya, en Indonésie, les douanes ont saisi une cargaison d’1,3 tonne de pangolins congelés, le 8 juillet 2015.  (SURYANTO / ANADOLU AGENCY / AFP)

L’activité humaine “a modifié considérablement ce que l’on appelle l’équilibre dynamique, ou la résilience, des écosystèmes”, explique-t-il. Urbanisation, exploitation des ressources et agriculture industrielle ont rapproché des espèces qui ne se seraient jamais croisées dans la nature, initiant “des contacts entre une faune sauvage, dont les habitats se réduisent, et une faune domestique ou d’élevage – cochons, dromadaires, poulets, chèvres, chats, chiens, etc. – Nous créons ces nouvelles interfaces, tout en mettant les animaux en situation de stress avec la déforestation, les feux de forêt, la fragmentation des habitats, etc. Des prédateurs disparaissent et tout ce qui se trouve en dessous est dérégulé”, résume Serge Morand. Si des centaines de milliers de virus circulent à bas bruit – de façon indétectable – dans la nature, en la détruisant pour subvenir à ses besoins croissants, l’homme a multiplié les risques de transmission. A titre d’exemple, le virus Nipah, qui a frappé la Malaisie en 1998, est apparu quand des chauves-souris, chassées de leur habitat par l’exploitation de l’huile de palme, se sont mises à côtoyer des élevages de cochons, infectés puis consommés par l’homme. 

“Depuis les années 1960, on observe une augmentation du nombre de maladies infectieuses : Zika, chikungunya, Mers, coronavirus, Ebola, sida, grippe aviaire, etc. Et puisque que tout, y compris le tourisme de masse, s’est développé, ces épidémies ne restent plus cantonnées à un pays,” poursuit-il. Ces cinquante dernières années correspondent ainsi à ce qu’il appelle “la grande accélération.” Au moment de notre conversation, le chercheur boucle avec des collègues chinois un article sur le rôle du transport aérien dans la propagation des épidémies : “Entre 1970 et 2018, il a augmenté de 1 200% pour les passagers, et de 1 300% pour les marchandises”, explique-t-il. Mais si “l’homme a cru un temps en avoir fini avec les maladies infectieuses grâce aux antibiotiques et aux vaccins”, la nature a elle-même douché ses ambitions de toutepuissance.Au début des années 2000, des scientifiques du monde entier se sont mis à étudier ces nouvelles interactions, à l’aune de la crise environnementale. C’est alors qu’“on s’est rendu compte qu’en réalité, l’homme ne maîtrisait pas tout.” 

“La biodiversité, c’est un peu notre assurance-vie”

En 2012, le journaliste et auteur américain David Quammen a synthétisé ces récents travaux dans un livre [Spillover. Animal Infections and the Next Human Pandemic, éd. W. W. Norton & Company]. Tels des haruspices – ces prêtres qui, dans l’Antiquité, lisaient l’avenir dans les entrailles des animaux –, les scientifiques qu’il interroge décrivent à quoi ressemblera le “next big one”, “la prochaine pandémie” : à un virus de chauve-souris, transmis à l’homme via le marché d’animaux sauvages d’une grande ville, probablement en Chine et hautement contagieux… Et pour cause, “c’était couru d’avance”, confirme Hélène Soubelet, vétérinaire de formation, directrice de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité, qui héberge le Comité français pour l’IPBS, le groupe scientifique qui est à la biodiversité ce que le Giec est au climat. 

Elle aussi anticipait le scénario actuel. Il y a un an presque jour pour jour, elle organisait un colloque sur ce thème au ministère de la Santé. En novembre, elle signait un article “sur ce sujet, précisément,” dans La Dépêche vétérinaire. Enfin, en janvier, elle figurait elle aussi parmi les experts conviés par la Caisse des dépôts.

J’espérais n’être qu’une autre Cassandre qui crie sur tous les toits qu’une catastrophe se prépare, mais qu’on aurait assez de temps, tant les écosystèmes que nous-mêmes, pour faire en sorte que la situation ne dérape pas.

Hélène Soubelet, directrice de la Fondation pour la recherche sur la biodiversitéà franceinfo

“Et puis ça a dérapé”, raconte-t-elle au téléphone. “Se rendre compte qu’on avait raison, c’est désespérant“, souffle la scientifique. “Cela allait un peu mieux ces derniers temps, mais nous [les chercheurs qui travaillent sur la biodiversité] avons longtemps été ignorés et qualifiés d’extrémistes écologistes. La crise du coronavirus, espère-t-elle, pourrait faire de son combat pour la préservation des écosystèmes – et de sa discipline, “parent pauvre de la recherche” – une nouvelle priorité, en mettant en lumière “le rôle majeur de la biodiversité pour l’humain et sa survie.”

Régulation de la qualité de l’air, de la qualité de l’eau, de la production de biomasse dont l’espèce humaine se nourrit… La liste des services que nous retirons de la nature est longue, mais leur connaissance est incomplète, faute de recherches. “De plus en plus d’études démontrent un lien entre l’accès à la biodiversité et la santé. Dans certaines populations, on voit que les microbiotes – les micro-organismes que l’on retrouve chez un hôte – sont très homogénéisés car leur qualité de vie, au sens environnemental du terme, a été très dégradée”, avance-t-elle. “Plusieurs autres études établissent un lien entre l’hyperactivité chez l’enfant et un manque de nature, par exemple”, liste encore Hélène Soubelet. De même, connaître les espèces et les écosystèmes doit permettre de mieux nourrir la planète : “Nos cheptels et nos plantes cultivées, dont la diversité génétique a été érodée par les méthodes de l’agriculture industrielle, au sortir de la guerre, sont très peu résistants à l’émergence d’un nouveau pathogène. Or, nos sociétés humaines dépendent de ces cheptels pour se nourrir.” 

Les employés des services sanitaires russes transportent la carcasse d\'un porc mort de la grippe porcine, en vue de son incinération, dans le village d\'Ozerki, en Russie, le 13 mai 2012. 
Les employés des services sanitaires russes transportent la carcasse d’un porc mort de la grippe porcine, en vue de son incinération, dans le village d’Ozerki, en Russie, le 13 mai 2012.  (KONSTANTIN CHALABOV / SPUTNIK / AFP)

Sans oublier les bénéfices et les risques encore inconnus : “A cause de ce manque de connaissances sur la biodiversité, lorsque l’on agit sur la nature, en déforestant, par exemple, on se retrouve face à des conséquences que l’on n’avait pas anticipées. On ne sait même pas comment les écosystèmes réagissent à un processus de restauration”, poursuit Hélène Soubelet. 

Florian Kirchner, écologue et chargé de programme “Espèces” au sein du Comité français de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), insiste à son tour sur la nécessité de préserver ces écosystèmes que l’on connaît si mal. “Plus de la moitié des médicaments ou vaccins que l’homme utilise pour se soigner viennent des plantes et des animaux”, plaide-t-il par téléphone. “Bien sûr, on les synthétise, donc on n’a plus forcément besoin de ces plantes. Mais dans une forêt, il y a quantité de molécules que nous n’avons pas encore découvertes et qui seront peut-être les solutions pour les maladies de demain. Or, il y aura de nouvelles épidémies, c’est certain”, met en garde l’écologue, qui aime présenter les choses simplement : “La biodiversité, c’est un peu notre assurance-vie. C’est un réservoir de molécules.” Et de citer l’AZT, une molécule aujourd’hui bien connue “que l’on utilise dans les trithérapies administrées aux malades du sida et qui vient d’une banale éponge des mers tropicales. Si l’éponge avait disparu avant que l’on puisse isoler et synthétiser cette molécule, déjà qu’on est assez démunis face au sida…”. 

“Un problème de santé publique”

Les experts de la biodiversité interrogés par franceinfo formulent tous à leur manière la recommandation suivante : “La crise dramatique que nous sommes en train de vivre doit agir comme un signal d’alarme. Elle doit nous engager à agir.” Ce que le coronavirus nous enseigne ? “On ne peut pas faire comme si de rien n’était et ne rien changer dans nos pratiques, abonde Florian Kirchner. Nous devons reconsidérer nos modes de production et de consommation, nos échanges mondiaux, nos modes d’élevage et, plus globalement, notre relation avec le vivant. Nous ne sommes pas en dehors de la biodiversité. Nous en faisons partie”

Rappelant que le pangolin est parmi les espèces les plus braconnées au monde, il préconise, à court terme, de renforcer la lutte contre le braconnage et le trafic illégal d’animaux sauvages, notamment dans ces marchés d’Asie du Sud-Est, de Chine ou d’Afrique subsaharienne : “La présence de chauves-souris sur ces marchés est une bombe à retardement.” La formule, assure-t-il, n’est pas une caricature militante, mais la conclusion de nombreuses études scientifiques. “Cela peut se faire rapidement dans les pays concernés”, plaide-t-il. “A plus long terme, il faut stopper la déforestation. Nous savons que c’est plus compliqué à mettre en œuvre, car ça heurte pas mal d’autres intérêts. C’est pourtant essentiel.” Il pointe une autre “bombe”, plus près de chez nous : les élevages intensifs “où l’on trouve des animaux standardisés.” Autant de leviers sur lesquels il faut agir, abonde Hélène Soubelet, qui demande, à terme, “que l’homme puisse habiter le monde différemment” : “Il faut prendre les bonnes décisions. Je ne vous cache pas que je suis un peu paniquée à l’idée que les choses puissent mal tourner en raison de quelques personnes qui vont prétendre qu’il faut repartir comme en 40 après le confinement. En consommant le plus possible pour relancer l’économie. La solution n’est pas de consommer plus, mais de consommer mieux.”  

Et déjà, la scientifique s’agace de voir l’apparition d’un discours “sceptique”, semblable à celui mettant en doute le réchauffement climatique, à rebours de la parole scientifique. C’est l’ancien ministre Luc Ferry, dans une tribune publiée le 30 mars dans Le Figaro, qui a ouvert le bal : “La croissance libérale mondialisée repartira donc en flèche dès que la situation sera sous contrôle, prédit-il. ‘Business as usual’ est l’hypothèse la plus probable, et du reste aussi la plus raisonnable, n’en déplaise aux collapsologues.”

Ce type de discours, Anneliese Depoux, codirectrice du centre Virchow-Villermé à l’université de Santé publique de Paris, le connaît bien. Chercheuse au centre des politiques de la Terre, elle travaille notamment sur la question du lien entre environnement et santé et sa perception par le grand public ainsi que par nos dirigeants. Selon elle, l’immédiateté de la menace du coronavirus peut favoriser une prise de conscience, et ce alors que “la santé est la première préoccupation des Français”, explique la chercheuse.

Le changement climatique ne nous apparaît pas comme quelque chose d’imminent, mais comme un problème qui concerne les autres. Pour plus tard, et ailleurs. Avec le coronavirus, la perception de la menace est différente : nous sommes affectés directement. Tout le monde, immédiatement.

Anneliese Depoux, codirectrice du centre Virchow-Villerméà franceinfo

Ainsi, cette crise sanitaire pourrait servir plus globalement la cause environnementale : “On sait que le réchauffement climatique a un impact important sur la distribution géographique de toute une série de maladies infectieuses, comme la malaria, la dengue ou le chikungunya, relève encore Anneliese Depoux. On sait aussi que la fonte du pergélisol peut libérer des virus et de nouvelles bactéries. On a encore trop tendance à voir le réchauffement climatique comme un problème écologique, alors qu’il s’agit aussi d’un problème de santé publique.” Ce lien, le grand public l’a constaté en 2003, avec la vague de chaleur qui a fait près de 20 000 morts en France et 70 000 dans toute l’Europe, rappelle la chercheuse. Un bilan national supérieur à celui affiché aujourd’hui par le Covid-19. Espérons que ce dernier fera plus, en quelques semaines, pour la préservation de l’environnement que des décennies d’augmentation des températures. 

«Les gens veulent éviter la honte des vols, sans vraiment éviter les vols»

Cie Aériennes, Citoyens, Empreinte, Prise de conscience

Independant 2020 02 13

De plus en plus de passagers voyagent en avion, même si c’est le moyen le plus rapide de développer notre empreinte carbone. Il est temps d’arrêter de craindre pour le greenwashing d’entreprise et d’affronter la dure vérité sur nos choix, dit Roger Tyers

Les clients sont en proie à des allégations selon lesquelles certaines compagnies aériennes sont plus respectueuses de l’environnement (Getty)

Bien que l’avion soit le meilleur moyen d’exploser notre empreinte carbone individuelle, les gens veulent toujours voler. Le nombre de passagers a même augmenté de 3,3 % dans le monde l’an dernier. Le battage médiatique autour de « Flygskam » – un mouvement mondial défendu par l’activiste climatique Greta Thunberg qui encourage les gens à arrêter de voyager en avion – semble avoir attiré plus d’attention des médias que les adeptes réels.

Une enquête de 2019 a révélé que, même si les habitants du Royaume-Uni étaient de plus en plus préoccupés par les émissions de l’aviation – ils étaient également plus réticents à voler moins. Cela pourrait refléter la normalisation du vol dans la société, aidée par les prix des billets qui sont en moyenne 61% moins chers en termes réels qu’en 1998. Mes compatriotes me demandent de plus en plus comment ils peuvent voler « durablement », le « plus vert » des compagnies aériennes ou les « meilleures » compensations carbone à acheter. Les gens veulent éviter la honte des vols, sans éviter les vols.

L’industrie a réagi rapidement. Des sites Web comme Skyscanner, utilisés pour comparer les options de vol entre les destinations, montrent désormais aux clients un « choix plus vert » – affichant la quantité de CO2 émise par un certain vol, par rapport à la moyenne de cet itinéraire. Ces choix écologiques sont déterminés à être des vols qui utilisent des itinéraires plus directs, des compagnies aériennes qui ont des avions plus récents ou peuvent transporter plus de passagers.

Bien qu’il existe des cas où deux compagnies aériennes opérant sur la même route peuvent produire des émissions très différentes, sur les liaisons court-courriers, ces différences sont invariablement faibles – généralement moins de 10%. L’option la plus verte serait de voyager en train, qui a jusqu’à 90 pour cent moins d’émissions que les vols équivalents. Cependant, Skyscanner a cessé de montrer les options de trains de passagers en 2019.

Pendant ce temps, la populaire compagnie aérienne à bas prix Ryanair – dont le PDG a récemment admis que le changement climatique n’est pas un canular – prétend maintenant avoir la flotte d’avions la plus verte d’Europe. Les avions modernes et économes en carburant de la société – ainsi que sa capacité à les remplir de passagers – en font l’option de transport aérien la plus « verte » du marché. Cependant, Ryanair avait un total de 450 avions en service en 2019 (contre seulement 250 en 2010) – ce qui signifie que malgré ses avions économes en carburant, la quantité de carburant qu’ils brûlent est la raison pour laquelle ils ont été nommés l’une des dix premières entreprises polluantes d’Europe en 2019.

L’année dernière, les programmes de compensation carbone sont également devenus populaires. Ces régimes permettent aux passagers de payer un supplément pour que leur compagnie aérienne puisse investir en leur nom dans des projets environnementaux – rendant ainsi un vol théoriquement « neutre en carbone ». British Airways compense désormais tous les vols intérieurs de ses clients au Royaume-Uni, tandis que Ryanair a également un programme permettant aux passagers d’acheter des compensations pour leurs vols, les recettes allant à des projets comprenant un programme de protection des baleines – qui ne semble absolument pas lié à la réduction du carbone.

Le danger de ces compensations bon marché est que les voyageurs peuvent croire qu’ils résolvent les problèmes causés par le vol – donc ils ne changeront pas leur comportement de voyage

Easyjet a également commencé à acheter des compensations au nom de tous ses passagers – pour un total de 25 millions de livres sterling par an. Cela a apparemment été une réussite en matière de relations publiques, des recherches internes ayant révélé que les passagers qui étaient au courant de la politique de compensation étaient plus satisfaits de leur vol que les clients qui ne le savaient pas.

Les passagers peuvent se sentir satisfaits, mais il est moins clair que leurs compensations réduisent réellement le carbone. Les critiques s’interrogent sur le décalage temporel associé aux compensations, en particulier les plans de plantation d’arbres. Un avion qui vole aujourd’hui pollue aujourd’hui – mais un arbre planté aujourd’hui n’éliminera pas le carbone pendant des années. Quant aux projets de « déforestation évitée », qui visent à protéger les arbres existants, il est presque impossible de prouver que ces arbres n’auraient pas survécu sans compensation financière.

Les compagnies aériennes affirment souvent que leurs compensations permettent d’économiser des niveaux élevés de carbone, à un prix très avantageux. Par exemple, easyJet investit seulement 3 £ par tonne de carbone qu’elle émet dans un programme de compensation carbone. Mais un investissement aussi bas pourrait même ne pas être en mesure de donner à ces programmes de compensation de carbone les finances nécessaires pour compenser réellement les effets d’une tonne de carbone. Pour le contexte, le système d’échange de quotas d’émission de l’UE échange actuellement le carbone à 21 £ la tonne, et le groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat pense que le carbone devrait être échangé à un minimum de 105 £ la tonne. Les modèles offset plus récents et plus chers – qui extraient le carbone directement de l’air semblent prometteurs – mais sont difficiles à mettre à l’échelle.

L’autre danger de ces compensations bon marché est que les voyageurs peuvent croire qu’ils résolvent les problèmes causés par le vol – afin de ne pas changer leur comportement de voyage. En effet, le secrétaire à la Santé Matt Hancock soutient même qu’il n’est pas nécessaire que les gens volent moins, car les vols à faible émission de carbone et électriques sont à nos portes. Malgré les informations selon lesquelles des avions solaires ou à batterie viennent à la rescousse, la technologie actuelle des avions ne va nulle part rapidement.

Cela est dû en partie au fait que le kérosène sur les vols internationaux n’est pas taxé, ce qui laisse peu d’incitation financière à l’industrie à investir dans de grands changements technologiques. Les constructeurs aéronautiques Boeing prédisent même qu’il produira 44 000 avions d’ici 2038 pour accueillir les huit milliards de passagers volant chaque année d’ici là. Ces avions ressembleront, sonneront et pollueront un peu comme ceux d’aujourd’hui.

L’aviation devrait actuellement représenter près d’un quart des émissions mondiales et être le secteur le plus polluant du Royaume-Uni en 2050. Et si le sauvetage récent du gouvernement de la compagnie aérienne défaillante Flybe est quelque chose qui va se passer, l’aviation continuera d’être libérée.

Les compensations de carbone et les ajustements « plus verts » pourraient seulement aider à rationaliser davantage le statu quo et à empêcher des politiques plus strictes d’entrer en jeu – telles que la taxation des voyageurs fréquents ou l’arrêt des agrandissements d’aéroport. Mais à mesure que les catastrophes naturelles liées au climat deviennent plus courantes, un changement radical de notre attitude envers le vol sera bientôt inévitable.

Roger Tyers est chercheur en sociologie environnementale à l’Université de Southampton. Cet article a été initialement publié dans The Conversation

Glaciers en retrait: le Mont Blanc vu du ciel, 100 ans après

Climat, GIEC

https://www.theguardian.com/environment/2019/oct/10/shrinking-glaciers-mont-blanc-from-the-air-100-years-on

Walter Mittelholzer dans un biplan

Un siècle après la célèbre mission aérienne de Walter Mittelholzer, les scientifiques répètent son voyage pour faire la lumière sur l’impact du réchauffement climatique

En 1919, le pilote et photographe suisse Walter Mittelholzer survole le Mont Blanc en biplan photographiant le paysage alpin. Un siècle plus tard, les scientifiques ont recréé ses images pour montrer l’impact du réchauffement climatique sur les glaciers de la montagne.

Le Dr Kieran Baxter et le Dr Alice Watterson de l’Université de Dundee ont utilisé un processus appelé monoplotting pour déterminer les emplacements précis à partir desquels Mittelholzer avait pris ses photographies. Ils sont revenus sur place dans un hélicoptère et ont aligné leurs caméras en utilisant les sommets alpins comme guide.

Les scientifiques ont capturé des images de trois glaciers que Mittelholzer avait également photographiés: le glacier des Bossons, le glacier d’Argentière et la Mer de Glace, tous du côté nord du massif du Mont Blanc.

Les photographies résultantes montrent à quel point la glace a été perdue dans la région au cours du siècle dernier.

Baxter a déclaré: «L’ampleur de la perte de glace a été immédiatement évidente lorsque nous avons atteint l’altitude, mais ce n’est qu’en comparant les images côte à côte que les 100 dernières années de changement ont été rendues visibles.

Baxter a déclaré: “Mittelholzer a joué un rôle clé dans la vulgarisation du transport aérien commercial en Suisse, une industrie qui, ironiquement, est venue contribuer au réchauffement du climat – et au détriment des paysages alpins.”

Les scientifiques de Dundee ont déclaré qu’ils avaient pris soin de réduire au minimum leur propre impact sur l’environnement.

«Lorsque vous travaillez à ces hauteurs, il n’existe actuellement aucune alternative viable et sans émissions, le temps d’antenne est donc aussi bref que possible et une planification minutieuse est nécessaire pour tirer le meilleur parti d’un vol de photographie comme celui-ci», a déclaré Baxter.

«Heureusement, le temps clair a permis de prendre ces photos aériennes répétées le centenaire des originaux. À moins de réduire considérablement notre dépendance aux combustibles fossiles, il restera peu de glace à photographier dans cent ans. »